EN CONSTRUCTION BOIS ON NE S'IMPROVISE PAS

Il faut redoubler d’attention dans la préparation et le suivi de chantier : avec le bois, il n’y a pas de temps de séchage et le délai réduit de construction est source d’économie en coût de main d’œuvre. En cas de désordre (d’étanchéité et d’acoustique, notamment), retrouver une entreprise compétente pour reprendre un chantier s’avère une gageure, d’où l’importance d’avoir la maîtrise du suivi des travaux en s’appuyant sur des entreprises qualifiées.

Maison individuelle, logement collectif, collège et lycée, bureaux, EPAHD… La construction bois représente entre 8 et 10 % de la construction et bénéficie d’un réel engouement. Pour qu’elle soit de qualité, elle nécessite, en phase conception, des connaissances et des compétences particulières qui tiennent compte des spécificités du matériau et une grande vigilance dans le suivi des travaux.

Un point sur la question avec Alain Comparot, ingénieur, expert & consultant en construction bois.

Ces dernières années, quels sont les défauts les plus importants constatés dans la construction bois ?

A.C. – Il s’agit essentiellement de défauts d’étanchéité à l’air et à l’eau : des malfaçons ou des oublis du traitement des joints ou des continuités des films de protection autour des fenêtres, dans les angles et au droit des appuis de plancher et/ou charpente ; des reprises d’humidité par de mauvaises finitions lors de la pose des bardages ou de ventilation insuffisante de vides sanitaires avec plancher bois, avec apparition et prolifération de moisissures et de champignons. Ces conséquences peuvent résulter d’une pose d’éléments préfabriqués mal joints entre eux, créant ainsi des ruptures de continuité de l’enveloppe. L’absence d’étude de dimensionnement et de stabilité, de mauvaises fixations (pièces d’ancrages) ou l’emploi de produits inadaptés (isolants ou films d’étanchéité) sont aussi à l’origine de sinistres. Enfin, l’utilisation de bois empilés, souvent achetés en kit* : cette technique de construction est délicate et doit être réalisée par des professionnels spécialisés (charpentiers de montagne) ; elle n’est pas toujours adaptée à certaines régions (humidité), à certaines architectures (stabilité) et aux exigences thermiques actuelles. Par ailleurs, cette construction est hors DTU.

(* Un professionnel qui met en œuvre un « kit » engage sa responsabilité.)

Quels conseils adressez-vous aux architectes, au stade de la conception ?

A.C. – La conception est devenue très technique et l’architecte peut se retrouver souvent seul ou désorienté face à des exigences de stabilité, de sécurité incendie, de réglementation parasismique, d’étanchéité et de performances thermiques et acoustiques dont les calculs optimisés nécessitent d’être analysés pour en faire une synthèse répondant par exemple aux données du lieu de l’opération. Je les mets notamment en garde contre l’utilisation de la technique du mur perspirant, adaptée à des climatologies continentales et à certaines volumétries de construction, mais hors DTU, et pas forcément transposable dans certaines de nos régions : c’est ainsi que l’on retrouve des logements où la vapeur d’eau s’évacue mal. Seul, l’architecte l’est aussi face à des industriels qui ne manquent pas d’arguments pour distribuer leurs produits. Nous avons vu, par exemple, que l’utilisation de la ouate de cellulose en vrac est mal adaptée à la construction en ossature bois verticale (tassement) ou à la reprise d’humidité de panneaux bois exposés assurant la fonction pare-pluie en surface mais dont les chants restent non protégés. La première des précautions est donc de se « plonger » dans les DTU qui contiennent toutes les clés pour une construction de qualité et permettent d’atteindre des performances allant au-delà des seuils réglementaires.

Et pour la phase de mise en œuvre ?

A.C. – Une mauvaise corrélation entre la conception et la réalisation est aussi source de désordres importants. L’entreprise doit être choisie pour ses références, son savoir-faire, ses qualifications, sinon, c’est l’aventure complète !

L’architecte d’une maison individuelle, par exemple, à qui l’on a confié une mission d’exécution, mais qui se retrouve sans plans d’exécution, carnet de détails et justificatifs de performances (dimensionnement, stabilité, performances thermiques, etc.), risque de voir le projet exposé à de multiples malfaçons. C’est vrai en général mais particulièrement dans la construction bois où le suivi des travaux est primordial. L’architecte doit veiller à la fourniture de matériaux évalués et doit demander aux entreprises des attestations de traitement du bois, de descente de charges, de provenance et de performances des matériaux (certifications, marquages CE, attestation, etc.). Le suivi de chantier sur le lot structure enveloppe (hors eau, hors air) est certainement la phase la plus importante car la construction étant rapide, les erreurs seront vite « cachées » et les observations relevées dans un compte rendu devront être levées rapidement.

Les désordres évoqués engendrent-ils des sinistres importants ?

A.C. – Les désordres dus à une mauvaise étanchéité ou à une isolation acoustique défaillante sont très compliqués à reprendre, notamment sur le plan financier, car les entreprises ont de grandes difficultés à établir des devis. Quand les désordres sont généralisés, la solution la plus simple consiste à démolir !